En se fondant sur la vie en plein air, l’entraide et l’espérance, la pédagogie scoute forme des adultes capables d’adopter des modes de vie sobres et respectueux de la nature.
Vivre simplement avec le nécessaire, grâce à des ressources naturelles limitées par les forces du jour. Telle est la philosophie de vie que Charles, 35 ans, ingénieur en reconversion dans le maraîchage biologique, a apprise au scoutisme. « Je retiens de mes années de louveteau puis de chef scout dans divers mouvements la certitude qu’en milieu naturel, tu peux faire beaucoup par toi-même. » Dans son quotidien comme dans son activité de maraîchage, l’autonomie et la sobriété guident sa manière d’agir. « Je récupère des matériaux, je crée un système de culture qui fonctionne avec peu d’ajouts extérieurs et dure le plus longtemps possible », détaille-t-il.
Si Charles a acquis ses convictions écologiques en commençant à travailler, il les met en application grâce à ses expériences de jeunesse. La capacité à faire par soi-même, le travail en équipe, le sens de l’effort et le dépouillement matériel appris aux scouts rendent capable d’adopter un mode de vie plus libre vis-à-vis de la logique de consommation. Du bois et quelques outils suffisent à fabriquer une table ou une tente surélevée, la douche se fait au jet d’eau et les repas alternent entre pâtes et semoule. « Je lie l’écologie à l’économie. L’enjeu est de prendre juste ce dont on a besoin, comme en camp », explique le jeune père de famille.

Dans un contexte de dérèglement climatique et d’effondrement de la biodiversité, l’utilité de l’éducation « à la scoute» apparaît sous un jour nouveau. En France, environ 170 000 jeunes de 6 à 25 ans sont inscrits dans l’une des trois principales associations scoutes catholiques : les Scouts et Guides de France (SGDF), les Scouts et Guides d’Europe et les Scouts unitaires de France (SUF). La pédagogie du mouvement créé au début du XXe siècle favorise la proximité avec la nature, l’entraide et la débrouillardise.
L’été, les plus âgés passent jusqu’à trois semaines à camper en pleine nature, loin du tumulte de la ville et des écrans. Ils apprennent à utiliser les ressources à bon escient. « On ne peut pas couper tous les types d’arbres, et on n’utilise pas le même bois pour un feu de cuisson, de veillée ou pour du froissartage (technique d’assemblage de morceaux de bois, NDLR) », explique Agathe Lizée, responsable de la communication pour l’équipe nationale guide chez les SUF. L’environnement devient pour eux une réalité très concrète. « Quand on doit faire un feu sous la pluie à 19 heures en plein hiver, on voit bien qu’on doit se plier aux limites de la nature », pointe Thomas Reneaume, un formateur des chefs aux Scouts et Guides d’Europe. Le scoutisme éduque à la connaissance de la faune et de la flore. « Les plus jeunes ont fait un camp chez un éleveur d’ânes, et nos branches plus âgées ont rencontré un pépiniériste », énumère Xavier Métay, coresponsable d’un groupe angevin des SGDF et directeur de la fédération France Nature Environnement des Pays de la Loire. « Plus les jeunes connaissent, moins ils ont peur », insiste-t-il. Une araignée dans la tente ? On la remet dehors et on explique à quoi elle sert.
En devenant familière, la nature devient aimable. « J’ai été très marqué par les jeux de nuit, se souvient Charles, le maraîcher trentenaire. Cela m’a fait comprendre que la nuit n’était pas effrayante mais belle. » Aujourd’hui, il faut davantage apprendre à s’adapter. « Cet été, les feux étaient interdits en Maine-et-Loire. Nous avons testé les fours solaires », raconte Xavier Métay.
Certains camps sont dédiés à l’action climatique. Depuis 1979, les SGDF organisent des camps appelés « Nature Environnement » tournés vers la surveillance des feux de forêt dans le sud de la France. L’association a aussi lancé son premier camp dédié à la protection du littoral dans le Morbihan cet été, qui comprend une sensibilisation sur les sentiers du littoral, l’arrachage d’espèces invasives et la reconstruction de dunes.

« Nous voulons être une force de soutien en cas de crise », explique Coline Garnier, déléguée nationale chargée de la conversion écologique des SGDF. « Notre mouvement a 100 ans, mais il répond aux besoins des jeunes d’aujourd’hui », insiste la responsable. Cette année, pendant les assises du climat, 50 jeunes et autant d’adultes tirés au sort parmi les près de 100 000 membres du mouvement ont préparé l’adaptation des activités au changement climatique. « Le scoutisme apprend deux choses : être bien dans sa peau, en découvrant ses compétences et ses talents ; puis être prêt à se donner pour les autres et à rendre service », ajoute Agathe Lizée. La pédagogie scoute, par la connaissance de soi, la familiarité avec la nature et l’espérance qu’elle inculque aux jeunes, les prépare à ne pas être défaitistes face aux changements qui viennent.